La diversité des métiers de la psychiatrie à Mâcon : qui s’occupe de la santé mentale localement ?

11 mars 2026

Mâcon, au cœur du Val de Saône, n’échappe pas au besoin croissant d’accès à une prise en charge en santé mentale. Le département de Saône-et-Loire compte plus de 34 000 personnes suivies en psychiatrie chaque année (source : ARS Bourgogne-Franche-Comté — Rapport d’activité santé mentale), avec une progression continue de la demande. À l’échelle locale, la ville s’appuie sur plusieurs types de structures :

  • Le Centre Hospitalier de Mâcon (CHM) et son Pôle de Psychiatrie, pivot de la prise en charge hospitalière
  • Les Centres Médico-Psychologiques (CMP), dont un adulte et un pour enfants/adolescents
  • Le Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel (CATTP) pour enfants et adultes
  • Des consultations avancées dans certaines maisons de santé et foyers d’accueil médicalisés
  • Des structures privées et associatives (psychothérapeutes libéraux, associations d’usagers…)

Mais qui exerce dans ces lieux et prend en charge les patients ? L’organisation de la psychiatrie s’appuie sur une équipe pluriprofessionnelle, qui repose sur des métiers parfois méconnus mais essentiels pour accompagner la diversité des besoins en santé mentale.

Le psychiatre est au cœur du dispositif. Médecin spécialiste, capable de poser des diagnostics, de prescrire des traitements, d’assurer des suivis réglementaires (certificats, hospitalisations sous contrainte…), il intervient dans toutes les structures publiques et hospitalières.

  • À Mâcon, le Pôle de Psychiatrie adulte du CHM compte une équipe de psychiatres qui assurent :
    • Consultations externes (hors hospitalisation, au CMP ou en cabinet hospitalier)
    • Prise en charge lors des hospitalisations
    • Évaluations pour hospitalisation à la demande d’un tiers ou sous contrainte
    • Participation à la coordination avec les médecins généralistes et spécialistes
  • Des psychiatres « de secteur » : ils suivent les personnes sur un territoire donné, principe fondateur de la psychiatrie publique en France depuis les années 1970.

En Saône-et-Loire, on compte environ 40 psychiatres pour l’ensemble du département (Conseil National de l’Ordre des Médecins, Atlas 2023), un chiffre en baisse nationale, complexifiant l’accès à des rendez-vous de suivi.

Le psychiatre de l’enfance — pédopsychiatre — intervient au sein du CMP enfants adolescents et dans les unités dédiées. Un nombre encore plus limité (moins de 6 pour le bassin mâconnais).

Les infirmiers en psychiatrie représentent le plus gros effectif des équipes. Formés à la fois aux soins somatiques et à la relation en santé mentale, ils assurent le suivi, l’écoute, l’accompagnement vers l’autonomie.

  • Distribution des traitements et surveillance médicale pour les patients hospitalisés
  • Entretiens individuels ou en groupe en CMP, soutien quotidien, ateliers thérapeutiques chez l’adulte comme chez l’enfant
  • Médiation familiale et coordination avec les professionnels de ville ou le médico-social
  • Interventions à domicile (équipe mobile)

Les infirmiers psychiatriques sont souvent le point d’entrée dans le parcours de soin. Leur rôle s'est renforcé avec l'apparition des Infirmiers de Pratique Avancée (IPA), qui peuvent maintenant adapter certains traitements et réaliser des entretiens de suivi approfondis (loi santé 2018).

À Mâcon, chaque CMP adulte et enfant fonctionne avec 4 à 6 infirmiers, selon les besoins du territoire (chiffres issus de la Direction des Soins du CHM).

Le psychologue clinicien intervient dans toutes les structures psychiatriques publiques de Mâcon. C’est lui qui réalise bilans psychométriques, psychothérapies individuelles ou en groupe, interventions de psychoéducation.

  • Dans les CMP, le psychologue est référent pour de nombreux entretiens réguliers.
  • Au CMP enfants et adolescents, la démarche d'observation et de guidance parentale est centrale.
  • Certains psychologues hospitaliers interviennent aussi dans les unités d’hospitalisation ou les CATTP pour proposer des activités thérapeutiques adaptées (art-thérapie, groupe de paroles, remédiation cognitive…).

En plus des psychologues salariés du service public, on compte plus d’une trentaine de psychologues en exercice libéral sur Mâcon et alentours (pages jaunes 2024, Doctolib).

Depuis 2021, la santé mentale s’ouvre à la prise en charge psychologique pour les 3-17 ans (forfait « Mon soutien psy »), une avancée qui permet une meilleure orientation et un accès facilité aux consultations de psychologues partenaires.

Dans les unités d’hospitalisation et certains dispositifs ambulatoires (foyers, HDJ), les aides-soignants et les éducateurs spécialisés complètent le suivi au quotidien.

  • Aides-soignants : soutien à la vie quotidienne en hospitalisation, hygiène, aide à la prise des traitements, observations et lien avec l’équipe médicale.
  • Éducateurs spécialisés : travail d’insertion, ateliers collectifs, accompagnement des enfants/adolescents en difficulté, lien avec le scolaire et le social.

Dans le secteur adulte, la présence éducative s’est renforcée depuis la montée en puissance des structures alternatives à l’hospitalisation : hôpital de jour, foyers, clubs thérapeutiques.

Entre 2022 et 2023, le Pôle Adultes du CHM Mâcon affichait 16 postes d’aides-soignants et 8 d’éducateurs dédiés à la psychiatrie (dossier social du CHM).

La prise en charge ne serait pas complète sans l’apport de nombreux autres métiers, qui agissent parfois « dans l’ombre » :

  • Assistants sociaux : soutien administratif, droits sociaux, orientation vers les dispositifs complémentaires (allocation adulte handicapé, MDPH, foyer d’accueil spécialisé…)
  • Ergothérapeutes : rééducation fonctionnelle, autonomisation lors du retour à domicile
  • Psychomotriciens : travail corporel, relaxation, prise en charge des troubles moteurs associés
  • Secrétaires médico-sociales : gestion du parcours administratif, contact avec les familles, relais avec les établissements extérieurs

L’un des atouts majeurs du secteur psychiatrique mâconnais est le recours croissant à des interventions extérieures, telles que des animateurs d’ateliers, des artistes intervenants ou des éducateurs sportifs, par exemple au CATTP adultes.

Depuis la crise sanitaire et la priorité donnée à la psychiatrie de proximité, le territoire mâconnais s’est engagé plus résolument dans le développement des équipes mobiles de psychiatrie.

  • Équipe Mobile de Psychiatrie Précarité (EMPP) : intervient auprès des personnes en situation d’errance, d’exclusion, en lien avec l’ASSAD et la Croix Rouge.
  • Équipe Mobile Intersectorielle : assure des interventions à domicile pour soutenir le maintien ou organiser l’entrée en institution.
  • Des binômes psychiatre-infirmier se déplacent pour évaluer la situation sur le terrain.

Ce mode d’intervention favorise l’accès au soin pour des personnes qui n’auraient pas franchi seules la porte d’un CMP ou d’un hôpital. Selon l’Observatoire Régional de Santé (2023), 20% des nouveaux suivis adultes en santé mentale à Mâcon transitent aujourd’hui par une équipe mobile ou un relais associatif.

À Mâcon, la santé mentale s’organise en réseau : du premier contact (médecin de ville, infirmier scolaire, travailleur social) à l’entrée dans les structures psychiatriques, les professionnels travaillent main dans la main.

  • Des réunions de concertation pluriprofessionnelles sont tenues chaque semaine dans les CMP.
  • L’ARS Bourgogne-Franche-Comté pilote le dispositif « Territoire de santé mentale », réunissant santé, social, professionnels associatifs et patients experts (depuis 2022 à Mâcon).
  • Des partenariats récents se développent avec le secteur justice (intervention en milieu carcéral, suivi de personnes sous main de justice par le Service Médico-Psychologique Régional).
  • La Pair-Aidance — accompagnement par des personnes ayant elles-mêmes vécu le trouble psychique — est en cours d’expérimentation sur le secteur adulte.

La complexité du champ psychiatrique mâconnais demeure, mais la diversité des métiers et la dynamique collaborative créent une prise en charge plus humaine et plus accessible, tout particulièrement pour les personnes vulnérables ou isolées.

Les enjeux en santé mentale à Mâcon, comme partout en France, sont aussi démographiques : la région Bourgogne-Franche-Comté fait face à une baisse du nombre de psychiatres (- 12% depuis 2010) et à une tension accrue sur les recrutements en soins infirmiers spécialisés (Source : DREES 2024).

Face à ces défis, l’innovation organisationnelle (équipes mobiles, prise en charge coordonnée avec les généralistes, élargissement du rôle des infirmiers, accent sur la prévention via l’éducation thérapeutique, implication de la pair-aidance…) est centrale.

Chaque professionnel de la psychiatrie à Mâcon joue donc un rôle unique, allant du soin au soutien administratif, de l’écoute à la coordination, de la clinique à la prévention. Valoriser cette diversité, c’est aussi encourager plus de vocations : la qualité de la santé mentale ne repose jamais sur un seul métier, mais bien sur l’alliance de chiffres, de liens humains et d’une culture de la coordination.

Pour retrouver la liste précise de chaque structure et de leurs professionnels, l’ARS Bourgogne-Franche-Comté publie régulièrement un annuaire actualisé. Les usagers disposent également d’un accès à la Plateforme Territoriale d’Appui, permettant une orientation personnalisée.

À Mâcon, la psychiatrie agit à visage humain, portée par des professionnels engagés, en première ligne face aux nouveaux défis de la santé mentale.

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