L’articulation des soins : comprendre la coordination entre une clinique privée et les acteurs de santé à Mâcon

9 septembre 2025

À Mâcon, le paysage de santé est composé d’un centre hospitalier public, de plusieurs structures médico-sociales, de cabinets de ville, de services d’urgence et d’au moins deux cliniques privées majeures (notamment la clinique du Val de Saône). Les cliniques privées, gérées par des groupes ou indépendantes, assurent en 2022 environ 26 % des hospitalisations en Bourgogne-Franche-Comté, couvrant surtout la chirurgie, la médecine spécialisée et quelques soins en rééducation (source : ARS Bourgogne-Franche-Comté).

Ce positionnement oblige les cliniques à travailler main dans la main avec :

  • Les médecins généralistes et spécialistes en ville
  • Les services d’aide à domicile
  • Les établissements de soins de suite et de réadaptation
  • Le Centre Hospitalier de Mâcon
  • Les structures d’urgence (SAMU, SMUR)
  • Les réseaux ville-hôpital tels que RésoSanté Val de Saône

La réalité de la coordination se joue donc en permanence, en amont (orientation vers la clinique), pendant l’hospitalisation (transmission, expertise partagée), et en aval (retour à domicile, relais vers d’autres structures d’accueil…).

Tout commence par une indication : un patient doit-il se faire opérer ou bénéficier d’un séjour en médecine dans une clinique privée ? Le plus souvent, le passage par la clinique résulte d’un travail de coordination préalable :

  • Entente avec les médecins de ville : à Mâcon, plus de 58 % des admissions en clinique privée sont adressées par un médecin traitant ou spécialiste installé en libéral (donnée régionale 2023, CNAM). Les échanges passent de plus en plus par des dossiers médicaux informatisés ou par le biais de messagerie sécurisée (MSSanté, Apicrypt).
  • Prises de rendez-vous coordonnées : beaucoup de cliniques ont mis en place une ligne directe, un secrétariat d’admission orienté vers les professionnels de santé de proximité, et parfois des plateformes numériques communes avec l’hôpital public local (ViaTrajectoire en Bourgogne-Franche-Comté, qui permet d’orienter un patient vers le service adapté).

La transparence dans l’orientation limite les ruptures de parcours et la perte d’informations médicales, un enjeu clé dans la qualité du soin.

Durant l’hospitalisation, la clinique n’agit pas seule : la prise en charge s’inscrit dans un écosystème où interviennent plusieurs acteurs :

  • Les équipes internes : médecins, infirmiers, kinés, assistantes sociales, psychologues… Chacun travaille selon ses missions, mais les réunions multidisciplinaires (RCP) sont devenues systématiques, notamment dans les parcours complexes comme la cancérologie ou la prise en charge des personnes âgées polypathologiques.
  • Relation avec les prestataires externes : laboratoires, pharmacies, médecins correspondants… Le recours à des dispositifs dématérialisés sécurise et accélère la circulation d’informations.
  • Partenariats structurés : par exemple, la clinique du Val de Saône participe à des dispositifs comme Equilibres (télécoordination sur la fragilité de la personne âgée), ou travaille avec les cellules d’appui territoriales (ex : MAIA, désormais "dispositif d’appui à la coordination", ou DAC) pour appuyer la sortie de patients en perte d’autonomie.

À noter : la part des patients en situation complexe (polymorbidité, dépendance, etc.) hospitalisés en clinique a augmenté de près de 14 % entre 2018 et 2022 sur Mâcon et Tournus (Source : PCA Bourgogne Sud), renforçant le besoin d’une coordination plus poussée pendant le séjour. Les échanges avec les EHPAD, les services d’aide à domicile ou le service social du CHM se sont ainsi intensifiés.

Le retour à domicile après une hospitalisation en clinique est souvent synonyme d’anxiété pour les patients et leur entourage : près de 60 % des réadmissions évitables sont liées à une absence de coordination (HAS, 2023). Comment s’organise concrètement la transition ?

  • Planification coordonnée : dès l’entrée, la question du retour est anticipée par l’équipe clinique qui travaille en lien avec l’assistante sociale, les familles et les médecins extérieurs. Des réunions de concertation sont organisées pour les situations à risque.
  • Transmissions d’informations : le "plan de soins de sortie" est transmis au médecin traitant via MSSanté, ainsi qu’aux professionnels d’aide à domicile si besoin. L’objectif : garantir une compréhension claire du traitement, du suivi et des rendez-vous à venir.
  • Appui du DAC (Dispositif d’Appui à la Coordination) : véritable chef d’orchestre du parcours complexe, le DAC réalise près de 130 accompagnements mensuels dans le bassin mâconnais, toutes structures confondues. Il facilite les relais vers les SSIAD, services d’aides à domicile (SAAD), HAD (hospitalisation à domicile), ou les maisons de santé locales.
  • Suivi post-hospitalisation : dans le cas de patients fragiles, un appel est systématiquement effectué dans les jours qui suivent le retour à domicile. Les cliniques investissent aussi dans des programmes de télésuivi pour certains actes, comme après une prothèse de hanche ou de genou.

Près de 77 % des retours à domicile après un passage en clinique privée à Mâcon se font désormais avec un relais formalisé (chiffre ARS, 2022), ce qui limite la désorientation du patient.

Historique mais désormais accélérée par le numérique, la coordination passe aussi par la dématérialisation des dossiers et l’utilisation d’outils communs :

  • Dossier Médical Partagé (DMP) : initialement peu utilisé, il progresse depuis la généralisation de “Mon espace santé”, avec 38 % d’ouverture de DMP à Mâcon sur l’année 2023 (source : Assurance Maladie).
  • Messagerie sécurisée de santé : 87 % des établissements privés de la région ont une adresse MSSanté active. Cela fluidifie l’échange d’ordonnances, d’analyses biologiques ou de comptes rendus opératoires.
  • Plateformes de coordination : ViaTrajectoire, Terr-eSanté : ces outils permettent une gestion partagée des parcours, notamment pour les personnes âgées ou en situation de handicap.
  • Réunions de concertation à distance : la crise COVID a accéléré la tenue des RCP à distance, avec plus de 230 réunions virtuelles sur Mâcon en 2022.

Cependant, la fracture numérique reste une réalité (plus de 18 % des patients en clinique déclarent ne pas utiliser d’outil numérique, étude interne ARS 2022), d'où le maintien du double canal : papier et numérique.

Le Val de Saône ne manque pas d'initiatives concrètes pour soutenir la coordination autour des cliniques privées :

  • Cellules COVID territoriales : durant la crise sanitaire, un comité de coordination inter-établissements (public, privé, médico-social) a été mis en place à Mâcon pour ajuster les admissions, partager l’information sur la disponibilité des lits et mutualiser les moyens de transport, sous l’égide de l’ARS locale.
  • Pilotage des parcours des personnes âgées : la clinique du Val de Saône participe à des ateliers collaboratifs avec les EHPAD et le DAC pour l’optimisation de la prise en charge des personnes âgées, limitant les passages inutiles aux urgences.
  • Réseau de médecins correspondants de la clinique : un annuaire partagé a été mis en place pour faciliter la prise de rendez-vous rapide ou l’avis téléphonique en cas de doute clinique, évitant ainsi des délais d’attente ou des déplacements inutiles pour les patients.
  • Ateliers d’éducation thérapeutique partagés : certaines pathologies (chirurgie de l’obésité, diabète, cancérologie) font l’objet de modules animés conjointement par la clinique privée et les acteurs libéraux ou associatifs, afin d’améliorer la compréhension du traitement et l’autonomie du patient après sa sortie.

La dynamique au sein de la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de Mâcon affiche un taux de participation des cliniques à plus de 70 % en 2023 (Source : CPTS Mâcon).

L’amélioration de la coordination ne cesse de se réinventer :

  • renforcement de la coopération public/privé
  • mise en commun réelle des outils numériques
  • montée en compétence des professionnels sur les dispositifs de coordination
  • engagement de nouveaux acteurs : pharmaciens, travailleurs sociaux, structures associatives...

L’un des défis majeurs reste la gestion des patients “sans parcours”, ceux qui, faute d’information ou d’orientation, se retrouvent perdus à la sortie ou dans l’attente. La CPTS, les DAC et les cliniques privées travaillent activement à améliorer l’orientation, en lien avec les usagers et les représentants des patients.

  • Dispositif d’Appui à la Coordination (DAC) du Val de Saône : accès pour tout professionnel de santé ou patient, infos ici.
  • Centre Hospitalier de Mâcon : service social, consultations externes, site officiel.
  • Réseau RésoSanté Val de Saône : informations locales, cartographie des ressources, ici.
  • CPTS Mâcon : actions collectives, innovations territoriales, site.
  • “Mon espace santé” : pour ouvrir ou consulter son dossier médical partagé : Lien.

L’organisation collective entre clinique privée et acteurs du territoire reste perfectible mais mobilise de nombreux professionnels dans l’idée d’un parcours plus fluide, d’une information plus claire et de relais sécurisés. À Mâcon, cet engagement se traduit désormais en actions concrètes au service des patients du Val de Saône, avec un impact réel sur la qualité du soin et la confiance dans le système local.

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