Un séjour en Soins de Suite et de Réadaptation (SSR) répond à un besoin précis : récupérer de l’autonomie après une hospitalisation ou une affection majeure. Le retour à domicile, étape fortement attendue par les patients, doit cependant être rigoureusement préparé. Cette transition représente un vrai défi, tant pour la personne concernée que pour ses proches et pour les professionnels qui l’accompagnent. En France, près de 600 000 sorties de SSR sont organisées chaque année (source : DREES, 2023). Avoir une visibilité claire des critères retenus conditionne le bon déroulement de ce retour.
L’évaluation de l’autonomie est la pierre angulaire d’un retour sécurisé à domicile. Elle repose sur l’analyse de plusieurs dimensions :
- Capacités physiques : marche, lever, utilisation des escaliers, gestion des déplacements dans l’habitat…
- Capacités cognitives : mémoire, orientation, logique, compréhension des consignes…
- Capacités à gérer les actes de la vie quotidienne : toilette, habillage, alimentation, continence, préparation des repas, prise de traitements, gestion de son hygiène, organisation de son environnement direct…
L’évaluation fait généralement appel à des outils objectifs reconnus, comme la grille AGGIR (utilisée aussi pour l’APA) ou le score de Barthel (synthétisant le niveau d’indépendance dans les gestes essentiels).
Un patient dont l’autonomie reste très limitée nécessite soit un accompagnement humain très conséquent, soit une solution alternative (par exemple, accueil temporaire en établissement ou dispositif de relais familial).
Pour envisager un retour à domicile, le SSR s’assure que l’état de santé est compatible avec la vie hors milieu hospitalier :
- L’évolution de la pathologie est stabilisée
- Les besoins en soins techniques (pansements complexes, injections intraveineuses, oxygénothérapie…) sont adaptés à une prise en charge à domicile
- Le risque de complication aiguë est maîtrisé ou anticipé par un plan d’alerte fiable
L’équipe médicale doit être convaincue que les conditions de sécurité sont réunies, autant sur le plan somatique que psychologique. Par exemple : la présence de troubles cognitifs sévères ou de risques de fugue majore les difficultés et demande des mesures appropriées.
Le domicile devient un « lieu de soin » à part entière. Une visite de pré-retour (souvent réalisée par le service social, un ergothérapeute ou l’infirmier coordonnateur) peut s’avérer indispensable pour repérer les obstacles et anticiper les besoins d’aménagement :
- Présence ou non d’escaliers
- Largeur des portes, accessibilité des sanitaires, sécurité de la salle de bain
- Distance avec les relais de soins (médecin traitant, pharmacie de proximité, domicile du kinésithérapeute…)
- Possibilité d’installer un lit médicalisé, un lève-personne, des barres d’appui ou tout autre équipement
Les équipes d’ergothérapie jouent ici un rôle fondamental pour limiter les risques de chute et faciliter les gestes du quotidien. Selon la Fondation MAIF, 46 % des chutes des personnes âgées surviennent dans la chambre ou la salle de bain : un chiffre qui souligne l’importance de sécuriser l’environnement avant le retour.
Le soutien humain – souvent assuré par la famille ou les proches – détermine la faisabilité du retour à domicile. Il s’agit d’évaluer :
- La présence effective d’un ou plusieurs aidants disponibles
- La capacité à organiser des relais (aide à la toilette, courses, présence nocturne…)
- La possible mobilisation du voisinage ou de réseaux associatifs locaux, surtout si les proches sont éloignés géographiquement
Dans la région de Mâcon, plusieurs dispositifs d’aide et de répit existent pour soutenir les aidants : plateformes de répit (AFAD, ADMR…), groupes de parole associatifs, relais d’aide à domicile… Chiffre marquant : selon l’INSEE, plus de 62 % des retours à domicile réussis s’appuient sur un entourage organisé et mobilisé dès la sortie (INSEE).
La qualité du retour repose en grande partie sur la coordination des acteurs du territoire :
- Le médecin traitant : Il assure le suivi, l’adaptation des traitements et la gestion des complications potentielles.
- L’équipe de soins infirmiers à domicile (SSIAD, infirmiers libéraux) : Prise en charge des soins techniques, surveillance, soutien à l’autonomie.
- Les aides à domicile : Interventions d’auxiliaires de vie pour l’aide aux gestes quotidiens, ménage, courses, etc.
- Les kinésithérapeutes et autres professionnels rééducateurs : Reprise de la rééducation, prévention des chutes et des complications immobiles.
- Les travailleurs sociaux : Conseils sur les aides existantes (APA, PCH, allocation forfaitaire retour à domicile organisée par certaines mutuelles…).
Cette organisation doit idéalement reposer sur un projet personnalisé de retour (PPR), construit avec l’ensemble des intervenants. Cette anticipation – encore trop « inégale » en France selon le rapport 2024 de la Fédération Hospitalière de France – favorise la sécurité et diminue le taux de réhospitalisation non programmée.
Une sortie d’un établissement SSR ne réussit que si le patient et ses aidants comprennent les enjeux du retour et disposent d’une information complète sur :
- Le suivi médical à domicile (ordonnances, téléconsultations, visites de contrôle…)
- La prévention des risques (chute, dénutrition, isolement)
- Les numéros contacts d’urgence (médecin traitant, services de garde, 15…)
- Les ressources locales d’accompagnement (MAIA, CLIC du Mâconnais, réseaux d’aide à domicile…)
L’information claire – adaptée autant au patient qu’à l’aidant – réduit de 30 % le risque de rupture de parcours dans les 30 jours suivant la sortie (Source : HAS, 2021).
Le territoire du Val de Saône bénéficie d’un tissu médico-social dense permettant de soutenir les retours à domicile :
- Coordination gérontologique du Mâconnais : soutien des situations complexes, élaboration de plans personnalisés.
- SSIAD Mâcon, ADMR, AFAD : soins infirmiers et aides humaines.
- MAIA (Méthode d’Action pour l’Intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’Autonomie) : coordination renforcée.
- Plateforme de répit des aidants (Ressource du CLIC Pays Sud Bourgogne) : appui psychologique, solutions de relais temporaires.
- Associations locales : portage de repas, visites de convivialité, transports accompagnés (par exemple, Amitié Mâconnaise, Mobilité 71…)
Dans la majorité des parcours, l’intervention d’un professionnel d’interface (ergothérapeute, infirmière coordinatrice, coordinateur de parcours MAIA ou CLIC) permet d’anticiper et de sécuriser le retour. Cette ressource est aujourd’hui accessible sur prescription médicale ou via un signalement par le SSR, l’assistante sociale ou même les proches.
Chaque retour à domicile est validé à travers des réunions de synthèse réunissant médecins, paramédicaux du SSR, assistantes sociales, parfois psychologues, représentants de la famille, voire le médecin traitant. Cette évaluation collective aboutit à l’élaboration d’un « plan de sortie » détaillé, précisant :
- Les aides mobilisées (jours, horaires, professionnels identifiés…)
- Les échéances de réévaluation (visite à domicile 7 ou 30 jours après la sortie…)
- Les points de vigilance (alimentation, prévention des escarres, surveillance psychologique…)
À noter que selon la Haute Autorité de Santé (HAS, 2018), 20 % des retours précipités, faute d’anticipation ou d’évaluation complète, aboutissent à une réadmission hospitalière dans le mois. La réussite du retour repose donc sur la qualité de ce travail d’équipe et une anticipation réelle.
Quelquefois, malgré l’envie du patient, le retour à domicile s’avère impossible. Plusieurs solutions existent sur le territoire :
- Hébergement temporaire en EHPAD
- Hébergement temporaire en accueil familial ou résidence autonomie
- Retour différé avec relais en HAD (Hospitalisation à Domicile) pour une surveillance renforcée, avant retour définitif à la maison
- Entretiens avec les proches pour envisager d’autres solutions adaptées
Ce choix se construit toujours dans le dialogue, en tenant compte des souhaits de la personne, de ses capacités de récupération et de l’évolution possible de la situation.
Le retour à domicile après un séjour en SSR doit être appréhendé comme un projet partagé exigeant. L’autonomie du patient, la stabilité de son état de santé, l’organisation du domicile, l’existence d’un réseau d’aide, la coordination avec les professionnels locaux et l’information claire sont les piliers incontournables d’une sortie réussie. En mobilisant l’ensemble des ressources existantes sur le territoire de Mâcon et du Val de Saône, il est possible, pour chaque situation complexe, de maintenir le patient chez lui le plus longtemps possible, dans la dignité et la sécurité.
Pour en savoir plus sur les dispositifs d’accompagnement dans le Mâconnais ou partager un témoignage sur l’organisation d’un retour à domicile, n’hésitez pas à contacter les relais locaux mentionnés ci-dessus ou à consulter les ressources en ligne proposées par la Haute Autorité de Santé et la Ministère de la Santé.
