Mâconnais : les nouveaux projets de maisons de santé à suivre de près

15 avril 2026

Dans le Mâconnais, comme dans de nombreux territoires ruraux et périurbains français, améliorer l’accès aux soins est devenu une priorité de santé publique. Le vieillissement de la population, la pénurie de médecins généralistes et la nécessité de renforcer l’attractivité des territoires pour les professionnels de santé poussent les autorités locales à soutenir activement la création de nouvelles maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP).

Ces structures innovantes regroupent sous un même toit plusieurs professionnels : médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, sages-femmes, pharmaciens, voire psychologues ou assistants sociaux. L’enjeu est double : garantir aux habitants un suivi médical de qualité et offrir aux soignants des conditions de travail plus attractives, pour lutter contre la désertification médicale.

Dans le secteur de Mâcon, l’offre de santé connaît d’importantes mutations. Plusieurs projets de maisons de santé sont actuellement en cours d’étude ou de construction, portés à la fois par des collectivités, des associations de professionnels et l’Assurance Maladie. Alors, où en est-on ? Quels sont les sites concernés, les spécificités locales et le calendrier attendu pour ces nouveaux services de proximité ? RésoSanté Val de Saône vous propose un état des lieux actualisé.

À l’heure actuelle, quatre projets de maisons de santé sortent du lot dans le Mâconnais, tant par leur avancée que par leur ambition :

  • Maison de santé intercommunale de La Chapelle-de-Guinchay : prévue pour 2025, elle répond à la fermeture de plusieurs cabinets médicaux individuels dans un secteur à fort besoin. (Source : Communauté de communes Mâconnais Beaujolais Agglomération)
  • Extension de la MSP de Cluny : le projet vise à accueillir de nouveaux professionnels et à intégrer une offre de consultations en pédopsychiatrie. La livraison est attendue fin 2024.
  • MSP Saint-Laurent-sur-Saône : démarrage des travaux début 2024, avec l’objectif d’ouvrir d’ici fin 2025. Le projet est porté par une équipe pluridisciplinaire déjà installée sur le territoire.
  • Maison de santé de Lugny : en phase de préfiguration, elle est issue d’une démarche concertée entre élus, usagers et professionnels de santé locaux.

D’autres initiatives émergent également, à une échelle parfois plus modeste, à Viré, Charnay-lès-Mâcon et Saint-Symphorien-d’Ancelles, où les réflexions se multiplient pour anticiper le futur départ à la retraite de praticiens installés de longue date.

Les besoins exprimés par le terrain sont clairs. Selon l’Observatoire régional de la santé Bourgogne-Franche-Comté (ORS BFC), près de 18 % des médecins du secteur Mâconnais-Clunisois risquent de partir à la retraite dans les cinq prochaines années. Le temps d’attente pour obtenir un rendez-vous en consultation de médecine générale excède déjà 15 jours dans certaines communes, et ce délai grimpe à plus d’un mois pour certaines spécialités paramédicales.

Face à cette réalité, les maisons de santé constituent un levier prioritaire d'action car :

  • Elles permettent une organisation collaborative, où chaque professionnel reste autonome tout en partageant dossiers, locaux et matériel.
  • Elles améliorent la visibilité des soins de premiers recours, tant pour les professionnels que pour les patients.
  • Elles sont un atout pour l’attractivité territoriale en attirant de jeunes praticiens, séduits par le travail en équipe et le soutien administratif proposé.
  • Elles renforcent la prévention grâce à la montée en puissance des actions coordonnées : rendez-vous de prévention, éducation thérapeutique, permanence d’accès aux soins, etc.

La création de ces maisons, souvent financée par un montage associant les collectivités locales (mairies, communautés de communes), l’État, l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, la CPAM, et parfois des fonds européens (FEDER), suppose un travail de longue haleine impliquant de nombreux acteurs.

La Chapelle-de-Guinchay : un projet structurant pour le sud Mâconnais

La future maison de santé de La Chapelle-de-Guinchay, lancée officiellement en 2023, s’est fixée un objectif fort : redynamiser un bassin de vie particulièrement touché par la difficulté de recrutement médical. Sur plus de 600 m², elle réunira dès 2025 : deux médecins généralistes, trois infirmiers, un cabinet de kinésithérapie, une orthophoniste, un pharmacien et une sage-femme. À terme, des consultations de psychologue et des permanences sociales pourraient s’y ajouter.

Cet équipement, situé à proximité immédiate de la gare et des axes routiers, entend aussi jouer un rôle d’éducation à la santé : des ateliers pour les familles, des actions d’information sur le diabète ou la vaccination, et un service ponctuel de médiation santé seront proposés en partenariat avec les associations locales (Source : Communauté de communes Mâconnais Beaujolais Agglomération).

Cluny : renforcer une offre déjà structurée

À Cluny, l’actuelle MSP compte déjà 12 professionnels et accueille plus de 11 000 consultations par an (données ARS BFC 2023). La saturation des locaux, la croissance de la population et la volonté d’ouvrir plus largement à la pédopsychiatrie et à la santé mentale conduisent à un projet d’extension. Le plan prévoit la création de 4 nouveaux cabinets, une pièce dédiée à la téléconsultation et l’accueil de nouveaux spécialistes, en partenariat avec le centre hospitalier local.

Une particularité du projet clunysien est aussi d’intégrer le secteur médico-social avec la mobilisation d’un coordinateur de parcours pour les personnes âgées ou en situation de handicap.

Saint-Laurent-sur-Saône : faciliter le passage de témoin entre générations de soignants

Dans cette commune riveraine de la Saône, la MSP est pensée comme une étape clé du renouvellement des générations médicales. L’équipe, composée de jeunes médecins, de deux infirmières et d’un kinésithérapeute, a co-construit le projet avec la municipalité et l’ARS. L’architecture a été pensée pour permettre une modularité des locaux (bureaux, salle de réunion, espace de repos) et ainsi s’adapter à l’évolution des besoins.

Ici, la démarche se veut participative : usagers, élus, professionnels et associations ont été consultés lors des différentes étapes. L’établissement a par ailleurs prévu une ouverture vers des partenaires sociaux et un accueil des permanences associatives (information droits santé, médiation, etc.).

Mettre sur pied une maison de santé pluriprofessionnelle ne se limite pas à la construction d’un bâtiment. C’est un processus qui s’étend généralement sur 3 à 6 ans, selon la maturité initiale du projet et la dynamique locale. Voici les grandes étapes observées dans le Mâconnais :

  1. Recensement des besoins locaux (appui ARS, élus et professionnels) : enquêtes, analyse des flux de patients, recueil d’avis.
  2. Élaboration d’un projet de santé (conformité ARS – loi HPST) : identification des professionnels impliqués, rédaction des statuts, formalisation des partenariats.
  3. Recherche de financements et montage du dossier : subventions, prêts, aides au démarrage, discussions avec la Caisse des Dépôts et Consignations et les collectivités.
  4. Travaux, aménagement, recrutement des professionnels : souvent le passage le plus critique, compte tenu de la pénurie locale de soignants.
  5. Ouverture et animation : accueil des patients, gestion des plannings, coordination des actions de prévention et d’éducation à la santé.

Pour chaque projet, la réussite dépend du consensus entre acteurs, de la mobilisation des financements et, surtout, de la capacité à donner envie à de nouveaux professionnels de s’installer durablement.

Chaque maison de santé nouvelle génération apporte des bénéfices concrets pour les habitants :

  • Accès facilité à des soins de qualité et à une gamme de professionnels élargie
  • Temps d’attente réduits pour les rendez-vous de médecine générale
  • Développement de la prévention (vaccination, repérage précoce, ateliers santé, etc.)
  • Meilleure coordination avec l’hôpital de Mâcon et les spécialistes du secteur
  • Accompagnement renforcé pour les publics fragiles (personnes âgées, handicap, précarité)

À moyen terme, la dynamique des maisons de santé pourrait aussi favoriser l’émergence de structures innovantes : cabinet secondaire à la journée, téléconsultation coordonnée, interventions ponctuelles de spécialistes du CH de Mâcon.

Pour suivre les actualités des projets de maisons de santé dans le Mâconnais, plusieurs ressources sont à consulter régulièrement : le site de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, les bulletins municipaux, les actualités du Conseil départemental et le portail sante.fr.

C’est par ces initiatives concrètes et coordonnées que le Mâconnais pourra préserver et renforcer son maillage territorial de soins, au bénéfice de tous ses habitants, aujourd’hui et demain.

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